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 Aurais-je vraiment dû savoir? [PV]

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Ombre




Féminin ♪ Puf: Gri

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MessageSujet: Aurais-je vraiment dû savoir? [PV]   Lun 27 Juin - 10:20

>Musique<



    La terre que je foulais devenait moins pentue alors que j’avançais toujours droit devant moi. Je ne m’en souciais pas, je continuais tout droit, j’errais sans but, les yeux dans le vague, plus sombres que je jamais. Il me semblait que ces dernières semaines n'avaient pas existées. Le voyage, tout ça, juste un rêve. Le seul véritable souvenir cohérent et complet remontait à cet horrible jour, sur les anciennes terres. Depuis j'avais comme été un fantôme sans vie, un pantin qui marchait seul et suivait. Je n’avais croisé personne depuis plusieurs jours. Tant mieux. Quelqu'un m'aurait regardé que j'aurais fondu en larmes sans raisons apparentes. Je ne voulais plus voir personne. Je ne voulais plus rien voir. Ni le soleil se lever –il semblait m’avoir trahi comme les autres- ni quoi que ce soit d’autre. Je me sentais anéantie, trahie, désorientée plus que jamais. Toutes mes certitudes s’étaient effondrées, tout ce en quoi je croyais, mon avenir, ma gloire, mon père, le passé… ce n’était plus rien qu’un puis de souffrance, des images, des espoirs et des souvenirs sur lesquelles je voyais le mot « mensonge » en grand et rouge. Autour de moi le monde s’écroulait comme si c’était le dernier jour du monde. Il faisait grand jour, mais dans ma tête il faisait nuit et je ne voyais plus vraiment la réalité. Dans ma tête passait en boucle cette scène qui m’avait bouleversée, sans doute à jamais. Encore une fois je me souvins des yeux si familiers, encore une fois je me retrouvai au cœur des territoires Sun…

    Je cours… J’ai depuis longtemps perdu de vue les dunes de sable et la tigresse blanche. En moi je ne sens plus que le doute. Pourquoi la tigresse a-t-elle eu tellement peur en entendant le nom de Papa ? Qu’est-ce qu’il me cache, qu’est-ce qui est si horrible ? Est-ce que je me trompe depuis le début sur son compte ? Moi qui l’ai toujours vu comme le plus grand et fort des tigres, comme l’incarnation du tigre presque parfait…
    Je cours, et il n’y a plus que ce nom en moi.

    White Prince. Qui est-ce ? Qu’a-t-il en rapport avec Anakeil ? Que sait-il de mon père ? Je le cherche, la tigresse m’a dit d’aller le voir, qu’il m’expliquera mieux qu’elle, mieux que quiconque. J’ai peur, mais je cours toujours. Peur de savoir, mais je veux savoir tout de même, cesser d’être une ignorante. La peur n’est qu’une béquille et elle n’a rien à faire dans ma vie. Comment puis-je avoir peur de mots, comment puis-je avoir peur de la vérité ? Je continue de courir, comme si je ne savais faire que ça, comme si le temps comptait. Il compte. Je ne sais même pas comment est-ce que je saurai que c’est lui, je ne sais même pas si il acceptera de me parler alors que je ne suis pas de son clan. Je tiens tout de même à le trouver. J’en ai marre de tourner en rond, j’en ai marre de ces mensonges, de ces sujets détournés…
    Mes pattes soulèvent des nuages de poussière à chaque foulée, et je continue toujours plus loin sur les terres Sun. Je ne connais ni cet endroit, ni celui où il se trouve. Alors je continue, toujours tout droit. J’arrive dans un endroit où les arbres se font plus nombreux. J’entends le bruit d’un cours d’eau non loin de là. Soudain je m’arrête.


    Bleu et rouge. Bleu et rouge, non pas rouge et bleu. Un regard familier. Trop familier peut-être. Il n’y brille pas la même lueur, mais c’est le même regard, les mêmes yeux. Je comprends que je n’aurais jamais pu ne pas le reconnaître. Il me regarde, il semble troublé. Est-ce l’odeur de mon Clan, ou celle de mon père ? Ses yeux sont un puis de sentiments, dont certains sont contradictoires. Il veut savoir qui je suis. Je suis sûre qu’il a déjà trouvé mais qu’il n’ose pas se l’avouer. Mon cœur bat la chamade. Je vais enfin savoir.

    -White Prince ?

    Le tigre blanc hoche la tête. Je retrouve dans sa carrure des traits trop familiers. Seule la couleur du pelage change. Pas celle des yeux.

    -Une tigresse m’a dit que tu m’aiderais.

    Il est attentif. Il est calme, trop calme. Ses yeux se perdent brièvement dans le vague avant de me regarder de nouveau. Il semble avoir déjà compris. De qui je parle, ce que je veux. Mais il reste tout de même une lueur d’incertitude. Comme s’il avait peur de se tromper. Je n’arrive plus à le regarder dans les yeux. Ils me sont trop familiers. Les mêmes que Papa. D’une voix déterminée, mais qui se brise sur la fin, je dis :

    -Anakeil.

    Anakeil. Un nom qui a fait peur à la tigresse. Il cache quelque chose. Quelque chose que je n’ai jamais su et que j’ai toujours voulu savoir. Quelque chose que White Prince sait de toute évidence, quelque chose qu’il est, selon la tigresse, bien placé pour savoir. En entendant ce nom White Prince baisse les yeux quelques instants. Je vois ses pattes qui tremblent. Pourtant sa voix ne semble pas déformée lorsqu’il me demande :
    -C’est ton père ?
    J’acquiesce en silence. Déjà je sens l’abattement m’envahir. Les dernières étincelles d’espoir que son passé ne soit pas si terrible s’éteignent. Lui qui avait toujours été mon modèle… Une larme coule sur ma joue. Il les voit.
    -Veux-tu vraiment savoir qui il est vraiment ?
    Il a compris sans que j’aie à parler. A sa manière de me dire ça, le passé doit être lourd. Il a peur que je ne puisse pas le supporter. Je tranche net.

    -Oui. Je veux savoir. J’ai trop longtemps cherché à comprendre. Je ne peux pas me dérober au dernier instant. Tu es la seule personne qui puisse m’aider. Je m’en fiche que ça fasse mal. Je veux tout savoir. Ne me caches rien.

    Il baisse les oreilles.
    -Tout d’abord, sais-tu qui je suis ?
    Je ne sais pas. Je ne connais que son nom.

    -Je l’ignore. Seuls tes yeux m’ont permis de te reconnaître. Tu fais partie de ma famille ?

    Il sourit. Un sourire peiné, un sourire doux.
    -Anakeil est mon frère.
    La tête me tourne, le sang bat fort. Pourquoi Papa ne m’a-t-il jamais parlé de lui ? En même temps… Il ne m’a jamais parlé de ceux qu’il avait côtoyés durant son passé.

    -Raconte-moi tout depuis le début.




    Je m’arrêtai au bord de l’eau, m'asseyant sur la terre humide mélangé au sable. Les vaguelettes qui s’échouaient sur la rive vinrent me lécher les pattes. Je ne les sentais pas vraiment. J’étais perdue. Perdue dans mon monde. Je ne savais plus quoi faire. Je ne pouvais plus suivre ce chemin qui m’avait été destiné depuis tant de temps. Inutile, abusée dans ce cauchemar qu’est la vie, détruite par la vérité, détruite par ces mensonges qui avaient façonné ma vie. Ma vie n’avait été faite que de mensonges, et maintenant que je connaissais la réalité elle ne pouvait plus rimer à rien.
    Une larme coula sur ma joue, se perdit dans l’eau. J’aurais aimé être comme elle. Elle n’existait déjà plus.


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Turag




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MessageSujet: Re: Aurais-je vraiment dû savoir? [PV]   Lun 29 Aoû - 10:55

L'herbe verdoyante s'étend à perte de vue en contre-bas, je sais que derrière moi, un peu plus loin, c'est un lac qui s'étale. Le paysage est magnifique, féerique. Mais ce n'est pas chez moi. Mon chez moi a été ravagé par les eaux, il n'existe plus. Comment imaginer que je puisse m'adapter à ces terres alors que j'ai toujours vécu làbas ? Comment alors que tous mes souvenirs, toute ma vie est labas ? Comment alors que la seule personne qui aurait put m'aider, la seule personne que j'aime est restée làbas ?
Mes pattes tremblent, je suis triste, et j'ai peur. Au milieu de ce paradis, je vis un cauchemar. Je ferme les yeux pour empêcher mes larmes de couler et pour me souvenir encore de son visage, lorsque je l'ai vue pour la dernière fois. Son si beau visage que je ne reverrais jamais...

Je l'ai enfin trouvée, même si je pense qu'en réalité c'est elle qui m'a trouvé, je l'ai immédiatement reconnue bien que je ne l'ai pas vue depuis un an. Je m'élance vers elle, je l'ai cherchée dès que j'ai su que nous allions devoir quitter nos terres. Elle m'attend calmement en m'attirant vers elle comme un aimant de son regard remplis de tendresse et d'amour. Je m'arrête juste devant elle, colle mon museau contre le sien puis me presse tout contre elle. Je l'entend ronronner et je ne peux m'empêcher de l'immiter. Au bout de quelques instants, elle recule et m'observe longuement, je fais de même pour elle. Elle a vieilli et me semble plus petite qu'avant mais elle dégage une telle aura de puissance, d'autorité et de sagesse mélées que mon admiration pour elle ne peut que croître.

- Tu es un vrai guerrier maintenant.

D'entendre de nouveau sa voix, après un an de séparation, me fait chaud au coeur, elle est si chaude et douce que je sens mes pattes flageoler et mon coeur fondre.

- Maman, pourquoi m'as tu demandé de partir il y a un an ? Pourquoi m'as tu laissé tout seul ?

- Je te l'ai déjà longuement expliqué...

-Mais c'était faux, je n'ai rien appris de plus sans toi ! Pourquoi suis-je resté aussi longtemps loin de toi ?

Elle me sourit, ce sourire me ramène à la réalité, à l'inondation, au départ.

-Maman, le voyage va être long, je veux voyager à tes côtés.

Elle sourit de nouveau mais cette fois-ci son sourire est triste.

- Non Turag, tu voyageras aux côtés de ton clan, mais pas aux miens. Toi tu voyageras...

Elle me regarde intensément avec dans les yeux tout l'amour d'une mère mais aussi beaucoup de chagrin. Je ne comprends pas ce qu'elle veut dire, elle fait parti du clan donc si je voyage avec le clan rien ne m'empêche de faire le chemin avec elle, à moins que...
Le sens de sa dernière phrase me frappe, mes pattes se mettent à trembler, je panique, j'ai peur, comme lorsque j'étais petit et qu'elle me laissait seul pour aller chasser.

-Maman !! Si tu restes je reste avec toi !!! cette fois-ci tu n'arriveras pas à me faire partir !!!

- Il le faut pourtant.

- Maman...-Ma voix est implorante, j'imagine un instant la vie sans elle, c'est impossible- Tu te rends compte de ce que tu me demandes ? Aller vivre quelque part où je serais seul, un endroit que je ne connaîtrais pas, où la seule chose que je pourrais faire c'est de penser à toi en me demandant si tu es là quelque part sur ces terres à penser à moi ou si... ou si...

- Je sais Turag, ce sera dur au début, autan pour toi que pour moi, pourtant tu as bien réussi à vivre sans moi toute une année - j'ai envie de lui dire que je n'ai pas vécu mais survécu, je me retiens - tu n'est plus un petit, tous les tigres sont passés par là, même si tous n'ont pas mis autan de distance entre eux et leurs parents. Je ne peux pas faire ce voyage, la vieillesse m'a rattrappée et la maladie l'accompagne, je suis plus faible que j'en ai l'air, je serais un fardeau. Ma vie est derrière moi, et si je dois m'éteindre je veux que ce soit ici, mais ta vie Turag, elle est devant toi et elle aura lieu loin d'ici. Contrairement à ce que tu crois, tu ne seras pas seul si tu pars, il faudra juste que tu rencontres d'autres tigres et que tu sympatises avec eux. C'est en restant ici que tu seras seul car je finirais par mourrir. Oui Turag, ne détourne pas la tête tu ne peux pas continuer à faire comme si j'étais immortelle, si tu restes alors lorsque je mourrais, là tu seras vraiment seul.

- Mais... Mais - mes mots sont déformés par les larmes et la souffrance- je ne peux pas, c'est trop dur, ça fait mal !

- je sais, mais pour être heureux il faut avoir souffert, car lorsque le bonheur se présente ensuite, on sait le reconnaître, en mesurer toute la valeur, se rendre compte de notre chance et en profiter. Turag, s'il te plaît - elle me relève la tête du bout de son museau- il faut que tu partes, promet moi que tu suivras le clan, mon fils je suis si fière de toi, je t'en prie ne me déçois pas.

J'ai mal, je pleures toutes les larmes de mon corps, je n'arrive plus à respirer, mon coeur semble à l'arrêt et pourtant je l'entend battre à mes oreilles avec une telle force qu'il m'assourdit, j'ai l'impression de mourir, j'ai envie de mourrir. J'arrive pourtant à prononcer quelques mots qui me brûlent les lèvres tant je répugne à les prononcer.

- Je partirais maman...Je te le promet.

Puis je m'effondre comme une feuille morte, écrasé par le chagrin. Ma mère se couche contre moi comme avant. Je pleure et elle pleure aussi mais alors que je suis tourmenté par le cauchemar que sera le future, je sais qu'elle est enfin sereine. Je reste une éternité à pleurer contre elle puis lorsque le sommeil commence à m'envahir elle se penche vers moi et me murmure dans un souffle chaud :

- Mon coeur et mon esprit seront toujours avec toi mon fils, se sont les parties les plus importantes d'un être, ce sont les seules qui sont immortelles. Je serais toujours avec toi...

Un peu réconforté, je cède finalement au sommeil, je ne sais pas encore qu'à mon réveil elle sera partie...



Je secoue la tête pour chasser les larmes que ce souvenir à fait surgir, je n'ai plus à être triste, car j'ai pris une décision. Je rentrerais, je ne sais pas encore quand mais dans les jours qui viennent j'irais la rejoindre. Je me relève, et marche jusqu'au lac pour plonger les yeux dans son étendue d'eau calme si semblable à l'eau qui a tout détruit de moi. Mais alors que je pense pouvoir être seul, j'aperçois une tigresse assise au bord de l'eau. Je m'apprête à faire demi-tour mais la vision qu'elle offre me retient. Elle est seule devant l'immensité calme du lac et donne l'impression de porter le poids du monde sur ses épaules recroquevillées. Je reste un long moment à l'observer tant elle me parraît être l'incarnation de ma souffrance. Puis je m'avance vers elle sans trop savoir pourquoi, je ne comprends que lorsque je suis à côté d'elle que je ne veux pas être seul. Je ne dis rien, je reste juste à ses côtés.
A deux, le monde est sûrement moins lourd à porter...
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Ombre




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MessageSujet: Re: Aurais-je vraiment dû savoir? [PV]   Lun 29 Aoû - 13:34

>Musique<



    Dans mon monde il n'y avait plus que le néant. Un ciel nocturne sans plus aucune étoile pour me guider. Dans mon monde j'étais perdue, et il ne régnait plus qu'un soleil noir et vide, un astre qui n'éclairait rien et m'étais totalement inutile. Dans mon monde, au coeur de ce néant, apparaissaient sans cesses des images qui participaient à ma destruction. Des semblants d'étoiles s'éteignaient sous mes yeux noirs. Ces espoirs, cette fierté que j'avais porté toute ma vie, s'éteignaient face à tout ce que je voyais apparaitre au coeur de mon monde. Des yeux vaierons, bleu et rouge, rouge et bleu; des parties de chasse, des corps dépecés; des combats jusqu'au sang, des sanctions, des mots durs; des paroles affûtés comme des lames qui s'écrasaient contre moi, m'écorchaient, laissaient au sol un corps presque sans vie. Presque. Pourquoi presque ? Pourquoi cette force longtemps travaillée, inutilement, forgée par le mensonge ? J'aurais dû mourir, j'aurais dû m'éteindre comme ces étoiles autrefois puissantes, ces étoiles qui avaient brillé grâce à la haine, aux mensonges, à la mort. Ces étoiles qui, désormais, avaient disparu de mon monde et me laissaient dans le noir. Soleil, où es-tu mon soleil, toi en qui j'ai cru toute ma vie, toi qui as toujours éclairé à tors mon chemin, j'ai besoin de toi plus que jamais, donne moi un peu de ta lumière, parce que si je me relève sans toi je vais encore tomber, tomber plus bas. Où es-tu? Tout simplement parti, tu m'as abandonné, tu as compris ta faute, tu me laisses mourir, mais je ne mourrai pas, c'est bien ça le pire.
    "Un jour tu seras chef, le meilleur chef qu'aura connu cette forêt, un chef à ma hauteur, à celle de mes espérances, un chef comme celui que j'ai été..."
    *Non! *Jamais je ne serais comme lui, jamais aussi folle, jamais aussi désespérée. Et si j'avais été élevée dans ce mensonge, autant mourir. Pourtant autant que je me souvenais j'avais toujours pris mon exemple sur lui. J'avais rêvé d'un monde parfait que je gouvernerais avec autant de tacte et d'ordre que mon père. Un monde de paix où tous seraient heureux, tous dans les règles, tous bien vivants. Pas morts.
    "Ne parles pas de mon Papa comme ça! C'est le meilleur tigre qu'ai connu cette forêt, c'est le meilleur chef du monde mon Papa!"
    Je l'avais cru, longtemps, sans doutes, jusqu'à ce jour où White Prince m'avait tout dit. Maintenant j'avais mal. Pourquoi avoir cru à tous ces mensonges ? Au fond j'avais toujours été naïve, au fond j'étais méprisable, au fond je ne méritais même pas d'avoir aspiré à être chef. Chaque jour qui avaient passé, je m'étais enfoncée plus profondément dans tous ces mensonges, ils avaient fait toute ma vie. Aujourd'hui ces mensonges me détruisaient... Pourquoi avoir détruit mes rêves Papa ? Tu avais détruit tout ton Clan, il avait fallu par la suite que tu détruises ta fille... Voilà tu as réussi. C'est irremédiable, je ne serais plus jamais la même. Une partie de moi était à l'agony, mourrait peu à peu sans que je lutte. Si j'avais pu mourrir complètement... J'avais peur de ce que je pourrais devenir par la suite. Car même si je savais, j'avais été élevée par un monstre, et les séquelles étaient là, au plus profond de mon coeur, et il me semblait qu'elles ne pourraient jamais partir complètement, comme les mots gravés dans la pierre ne s'effacent jamais. Il fallait que j'oublis tout. Mon passé, mes entrainements, mon père, toutes ses paroles. Sinon je ne vivrais jamais vraiment, je ne serais plus qu'une ombre. Mais à quoi s'accrocher si on n'a plus de passé? Oublier simplement ce jour où tout avait basculé, en étais-je capable? Anakeil s'était-il assez mêlé à moi pour que j'oublis que ce n'était qu'un monstre assoifé de pouvoir? Tout reprendre comme si je n'avais jamais rien sû ?

    "Ton père a mené un Clan entier à la mort. Un Clan qui l'avait vu naître et grandir, un Clan qui avait été bon avec lui, un Clan qui prospérait depuis des années. Il avait des parents et un frère, des amis. Il les a tous détruits..."
    La force de ce souvenir me percuta de plein fouet. Je me recroquevillai au sol, les pattes sur la tête pour oublier le monde, pour ne plus rien voir, tenter de ne plus rien entendre. La voix de White Prince résonna encore quelques instants dans ma tête sans que je puisse la chasser. Un flot de larmes se déversa sur le sable et je ne les retenais même plus. J'en avais marre de tout cacher, j'en avais marre d'être forte, j'en avais marre d'être le seul espoir d'un fou. J'aurais voulu être comme tous les autres tigres, avoir une mère douce et un père fort qui m'apprenne à chasser, et c'est tout. Au lieu de cela, je n'avais ni connu la chaleur réconfortante d'une mère, ni la sympathie d'un père. Juste un damné, un tigre assoiffé de sang et de pouvoir qui avait ruiné des vies entières, pour son seul plaisir... un mot se répéta plusieurs fois dans mon esprit, m'envahissant complètement.
    *Maman...*
    Maman, j'ai besoin de toi pour continuer à marcher. Maman, j'ai besoin de toi pour tout réapprendre. Maman, j'ai besoin de toi pour savoir ce qui est bien et ce qui est mal. Maman, j'ai besoin de toi pour oublier Papa et le passé. Maman, j'ai besoin de toi pour reconstruire ma vie. Maman.
    "Tu es faible..."
    *Tais toi!!*
    Oui je suis faible, mais c'est de ta faute... Je me mis à sangloter un peu plus fort, le museau dans les pattes, alors que l'eau venait me lécher les coussinets.

    Je ne suis plus au bord de l'eau, je suis étendue dans l'herbe verte, près d'une grotte... Une tigresse est devant moi, j'ai l'impression que c'est moi, en plus grande, plus vieille, plus mûre, et plus sage. Le même pelage sombre, les mêmes yeux noirs, peut-être un peu plus de fourrure autour du cou. Des larmes reprennent leur course sur mon visage... La tigresse me regarde avec tendresse.
    "Ombre, ma petite Ombre, ne pleure pas. Sois forte, ma chérie..."
    Je baisse les yeux....
    "On ne choisit pas ses parents, ne laisse pas ton père te détruire, il est temps pour toi de suivre ton propre chemin, j'ai confiance en toi."

    - Mais je n'ai plus personne pour m'aider à avancer... Je n'y arriverai jamais...

    Elle me regarde. Elle sourit. Toute la tendresse du monde est en elle, en tout cas c'est ce dont j'ai l'impression.
    "Regardes autour de toi. Apprends seule ce personne ne t'a jamais appris. Tu verras que tu es moins seule que tu le penses..."




    Mes yeux s'ouvrirent, et la lumière du soleil vint m'éblouir. Un rêve, ça n'avait été qu'un rêve... Le regard perdu, je regardai l'horizon du lac et la cuvette que formait le cratère du volcan. Regardes autour de toi. J'aurais pu le sentir plutôt, mais jusqu'au là j'avais trop été submergée par mes sentiments et mon désarrois. Ma fourrure se hérissa, et, le regard plein de haine, je fis volte-face au tigre qui m'épiait derrière moi.


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MessageSujet: Re: Aurais-je vraiment dû savoir? [PV]   Lun 29 Aoû - 16:12

Elle n'a pas remarqué ma présence, pourtant je suis à coté d'elle quand elle pense, les yeux perdus dans le vague, je suis à côté d'elle lorsqu'elle s'effondre comme abattue par le chagrin, et je reste à côté d'elle tout le temps où elle pleure perdue dans sa douleur. Je ne dis rien, il n'y a rien à dire, à ma connaîssance les mots n'ont pas le pouvoir de vaincre ce mal, mais parfois une présence le peut. J'oublie peu à peu mes problèmes en me demandant ce que peuvent être les siens. Mais je n'ai pas à le savoir, elle souffre, comme moi, c'est tout. Elle continue de pleurer et ses larmes disparaissent dans le lac en donnant l'impression que ce sont elles qui l'ont créé. La brise chaude qui m'ébourriffe la fourrure et le soleil qui brille doucement me révoltent, le paysage semble si serein et joyeux qu'il ressemble à une offense dans un tel moment de désespoir. Le reflet du soleil qui flamboie en se rapprochant du sol me rappelle le regard de ma mère. Tu vois Maman, je n'aurais pas dût partir, je pense à toi chaque seconde, pourquoi ne m'as-tu pas permis de rester près de toi ? Il n'y a que là que je suis heureux. Tu as dit que je vivrais mieux ici, mais c'est faux, tu ne m'as pas permis de vivre, tu m'as condamné. Comment as-tu fait pour ne pas comprendre que je ne peux vivre qu'auprès de toi ? Tu es ma source de bonheur, et sans bonheur il n'y a pas de vie. Ce n'est pas grave, je ne vivrais plus, je ne veux plus vivre, le plus dur sera de survivre. Je ne supporte plus ce soleil qui me réchauffe, je ne supporte plus l'air frais que je respire, je veux une nuit sombre, du vent fort et froid, qui me glace, de la pluie battante, de la grêle qui me frappe, de l'orage puissant qui m'assourdisse. Je veux une tempête à l'égal de celle qui m'habite. Je veux vivre dans les Ténèbres de la tristesse. Je veux vivre dans l'Ombre.

La tigresse se redresse, elle observe l'horizon vers lequel le soleil se rapproche puis m'aperçoit. Aussitôt elle bondit sûr ses pattes et me fait face, le pelage hérissé.
Je la regarde avec perplexité puis je croise son regard, je la reconnais et je comprends. Une bribe de l'instinct de survie que j'avais eut autrefois refait surface et la peur m'assaillie. Je ne l'ai rencontrée que deux fois, d'abord sur la plage où elle avait failli me tuer, ensuite sur les Terres de combat où elle m'avait attaqué sans raison et où elle avait fuit sans plus de raisons. Toutes les fois où je l'ai croisée elle s'est montrée hostile.
Ses yeux noirs remplis de haine me fixent mais je n'ai plus peur. A quoi bon avoir peur d'elle ? La seule chose qu'elle peut te faire c'est te tuer ou te blesser mais aucune blessure ne te fera plus mal que celle de l'absence, et la mort est plus facile et plus calme que la survie.
Je la regarde sans savoir quoi faire, elle a changé, elle est plus grande, elle a le visage de quelqu'un qui souffre mais ses yeux sont restés les mêmes. Noirs et remplis de haine. Pourquoi remplis de haine ? Pourquoi contre moi ? Je ne lui ai rien fait et pourtant elle me déteste. Je sens mes épaules s'affesser un peu plus. Quand j'étais à coté d'elle à l'écouter pleurer j'avais senti la solitude se retirer. Mais en réalité elle n'était jamais partit, elle s'était juste cachée pour me faire plus mal en revenant.
Je détache mon regard de ses yeux sombres pour le fixer sur le reflet du soleil. Pourquoi m'as-tu mentit Maman ?
Je n'ai jamais été aussi seul qu'ici.
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MessageSujet: Re: Aurais-je vraiment dû savoir? [PV]   Mer 31 Aoû - 11:45



Le noir croisa l'ambre. Je lus une peur soudaine dans ses yeux et je souris. Enrôlée pendant deux années dans la fureur de la bataille, tous mes muscles étaient prêts à bondir et à mettre le nouveau venu hors combat. Prête à griffer, prête à mordre, prête à attaquer, jamais me défendre... Comment aurait-il pu avoir ne serait-ce qu'une chance de planter ses griffes ? J'avais vécu pour combattre, j'avais vécu pour vaincre, jamais pour perdre. Il n'avait aucune chance contre moi. Il n'aurait jamais dû me déranger.
Un grondement sourd s'échappa de ma gorge. Ma queue se balançait furieusement de droite à gauche, mes muscles étaient tendus à craquer. Je regardais l'inconnu dans les yeux, des yeux noirs plein de rage et de haine. Ses yeux ambrés me rappelèrent un peu ceux de Darkill.
Darkill. Mon idol, mon dieu, mon soleil, mon image. Celui pour qui j'aurais tout fait, ou presque. Celui que je vénérais, celui que je pensais invincible. L'était-il vraiment? Au fond je pense que personne n'est invincible. La mort nous terrasse toujours, a un moment ou un autre.
D'ailleurs, qu'était devenu le grand tigre aux yeux fous? Ah oui, la mémoire de ce semblant de vie qui m'avait habité depuis le fameux jour se souvint de mon ancien idole. Il était devenu chef des Rains, parce qu'Endless n'avait pas suivi le Clan jusqu'aux nouvelles terres. La rage m'envahit un peu plus. Mes griffes labouraient la terre, et l'espace de quelques instants j'oubliais le tigre qui me faisait face. Comment avait-il osé prendre MA place ? Il avait toujours dit que la place de chef ne l'intéressait pas, il avait toujours dit qu'il m'aiderait à devenir chef... Et il m'abandonnait pour prendre ce qui me revenait!!
Ma fureur m'emporta et je bondis sur l'inconnu, le renversant sans difficulté. Je le maintins au sol par les épaules et le fixais de mon regard noir, les griffes plantées dans sa fourrure. Toutes ces années d'entraînement me revenaient, tout ce que j'avais toujours connu. Soif de sang. Voir le sang couler de la plaie, incessamment, jusqu'à que le corps tombe... Fureur du combat. Continuer de planter ses griffes, continuer à attaquer, encore et encore, même quand on sait que c'est inutiles... L'ambition de la victoire. Vouloir gagner, toujours... Même en risquant de tuer.

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MessageSujet: Re: Aurais-je vraiment dû savoir? [PV]   Jeu 1 Sep - 13:02

Je fixe toujours le reflet du soleil lorsqu'elle bondit, c'est pourquoi je ne vois qu'une forme flou jusqu'à ce qu'elle atterrisse sur mes épaules et me plaque au sol, les griffes plantées dans ma chaire. De toute façon, même si je l'avais regardée, le résultat aurait été le même, je n'aurais pas put l'éviter. Je n'ai aucune chance contre elle, je l'avais déjà remarqué lors de notre dernière rencontre mais là elle s'est encore améliorée. La preuve ? La dernière fois j'avais réussi à me dégager alors que maintenant je suis incapable de bouger, je suis à sa merci. Et pourquoi ? Parce-qu'elle a sans aucun doute reçu un entrainement digne de ce nom, alors que moi...

Je suis essoufflé et mes pattes sont parcourues de petits tremblements trahissant ma fatigue. J'éternue à cause de la poussière qui me recouvre entièrement, déposée sur ma fourrure par les combats que je viens d'enchaîner... et de perdre. La résignation commence à m'envahir pourtant Maman ne cesse pas de me dire que je progresse, elle m'explique que c'est normal que je perde contre elle, que je n'ai qu'un an alors qu'elle a beaucoup d'experience. Je sais tout ça mais j'ai l'impression d'être faible. Pour me réconforter je regarde ses yeux où je trouve toujours un peu de la fierté et de l'amour qu'elle me voue. Mais aujourd'hui il y a autre chose, quelque chose de grave. Lorsqu'elle ouvre la bouche je sais que je dois être attentif, que ce qu'elle va dire sera important.

-Je t'ai appris les bases mon fils, avec les bases tu peux ensuite apprendre toutes sortes de techniques de combat, tu connais déjà quelques unes de mes méthodes, mais si tu comptes sur moi pour toutes te les enseigner alors tu compteras toute ta vie sur moi pour faire ce qu'il te revient de faire et ton esprit ne sera ouvert ni aux nouveautés ni aux autres. Tu sais chasser et tu sais survivre, aujourd'hui tu vas partir de ton côté et moi du mien, tu apprendras seul et tu apprendras des autres, c'est le meilleur moyen pour connaître d'autres attaques ou défenses et surtout c'est le meilleur moyen pour que tu ne saches compter que sur toi.

Je suis un peu ébranlé par cette annonce soudaine et inattendue mais j'ai confiance en Maman, si elle dit que je serais plus fort ainsi, alors c'est vrai. Une seule chose m'inquiète.

-On ne sera pas séparés longtemps, hein Maman ?

- Un petit moment seulement.

Je suis rassuré et c'est le coeur léger que je m'éloigne d'elle.
Je l'ai souvent cherché dans l'année qui a suivit mais je ne l'ai pas retrouvé, le territoire est si grand. J'ai fini par comprendre qu'elle m'évitait, que c'était elle qui choisirait du moment où l'on se retrouverait. Et surtout, j'ai compris que pour elle, un an n'était qu'un petit moment.


Comment Maman ? Comment as-tu put croire que j'apprendrais mieux tout seul ? Comment peut-on apprendre seul ? Comment alors que l'on a personne à affronter ? Personne pour nous montrer les défauts de notre défense ou les avantages de notre attaque ? Personne pour nous expliquer, nous conseiller ou juste nous aider ?
Non, je n'ai rien appris sans toi, pourtant j'ai essayé, les arbres et les buissons ont souffert. Mais les plantes ne sont pas des tigres, ce ne sont même pas des adversaires.
Or un adversaire j'en ai un vrai, tranquillement posté sur moi et en train de me déchirer la couenne alors que moi je suis là à la regarder sans pouvoir faire quoi que ce soit, sans pouvoir bouger. La seule chose dont je peux tirer un peut de fièreté dans un moment pareil c'est que je n'ai pas émis le moindre bruit lorsqu'elle m'a planté les griffes dans la fourrure, aucun grognement de douleur, aucun gémissement, je n'ai laissé transparaître aucune surprise (normal je ne le suis pas) et surtout je n'ai plus peur. J'ai mal, c'est vrai, et je sais qu'elle peut me faire bien plus mal, mais rien ne me fera plus mal que la blessure béante qui perce mon coeur, causée par la distance qui me sépare à jamais de ma mère. Je sais aussi qu'elle peut me tuer, mais ne dit-on pas que la mort est un repos éternel ? J'ai besoins de repos, je ne veux pas de cette vie qui n'en est pas une, j'ai peur de ce futur qui s'annonce sombre et monotone.
Je n'est pas peur de la mort. Non ? Alors pourquoi mon estomac est-il noué à l'idée de sentir ses crocs s'enfoncer dans ma gorge ? Pourquoi cette appréhension ?
Soudain un brin de révolte et un étincelle de colère font surface au milieu de cette morne résignation qui m'habite. Ce n'est pas juste ! Pourquoi me tuerait-elle ? Pourquoi m'attaque-t-elle ? Je ne lui ai rien fait ! Elle n'a pas le droit de passer ses nerfs sur moi.
Je fixe de nouveau mes yeux dans les siens mais cette fois-ci j'y ancre mon regard, sans ciller, pour ne voir que ses yeux, pour ne plus voir le monde autour. Alors ? Pourquoi tu t'acharnes sur moi ? Pourquoi est-ce que tu rejettes ta colère sur moi alors que je n'y suis pour rien ? Pourquoi est-ce que c'est moi qui devrais souffrir et supporter ?
Pourquoi ?
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MessageSujet: Re: Aurais-je vraiment dû savoir? [PV]   Jeu 1 Sep - 23:10



J'étais sur lui, il ne bougeait pas. Pas un mouvement, pas une tentative pour s'échapper. Qu'avait-il, celui-là? J'aurais pu le tuer, tout de suite. Le torturer, comme je l'avais fait pendant des années avec toute sorte de proies. Ce n'était pas bien différent. Lui aussi, était ma proie. Alors qu'est-ce que j'attendais? De m'amuser un peu, de lire la terreur sur son visage? Pourtant il semblait avoir perdu toute trace d'émotion. Juste une tristesse profonde, juste un manque de quelque chose, juste un néant dans ses yeux d'ambre. Une plainte, une prière, un désir, un espoir. Mais rien. J'aurais été là à le menacer, il aurait était paisiblement assis au bord d'un ruisseau, ç'aurait été la même chose. Rien. Au contraire son regard finit par se durcir...
La fureur me reprit. Je n'aimais pas perdre. Et au fond, je perdais à mon jeu. J'aimais lire la terreur au fond des yeux, j'aimais sentir trembler, entendre gémir. Rien. Doucement, le regard ravageur, les crocs révélés, je levai une patte griffue pour asséner un coup mortel.




>Musique<

Il s'assoit, comme s'il s'apprêtait à raconter une longue histoire à un tigron pour qu'il s'endorme. Mais son air est grave, son air n'a rien de celui d'un conteur pour petits. Je ne le quitte pas des yeux. Sa longue fourrure blanche gonfle avec le vent et il ne s'en soucie pas, son regard vairon semble chercher les mots dans l'eau du ruisseau. Il met du temps à les trouver, et moi j'attends, impatiente mais silencieuse et immobile. Ne réveillez pas le conteur, il perdra les mots qui venaient... Au fond de moi j'appréhende. J'ai peur. Lever le voile sur un passé mort et enterré, sur une histoire longtemps restée dans l'ombre, un fait que j'avais toujours voulu connaître. Oui, mais à quel prix? Quelles sont ces choses passées sous silence, dont je n'ai jamais eu connaissance? Pourquoi ont-elles été cachées, qu'y a-t-il de si important qui ne m'ait jamais été révélé?
Lorsque White Prince commence à parler, j'hésite presque à partir...
- Anakeil et moi sommes nés dans le Clan de la Neige, loin d'ici, au coeur de la glace et des tempêtes. Nos parents étaient Lima et Lens, les chefs du Clan. L'un de nous, c'était certain, était destiné à les succéder. Nous avons grandi, le Clan de la Neige était en paix et prospérait. Puis notre père finit par rejoindre nos ancêtres, et Anakeil s'imposa en tant que chef. Tout s'est écroulé à partir de là.
Cette dernière phrase me glace le sang. Est-ce que je ne dois pas plutôt partir, laisser les choses comme elles le sont depuis toujours? Si je reste, tout sera chamboulé, j'en suis certaine. Mais c'est lâche de partir maintenant. Je suis courageuse. Je reste jusqu'au bout. Le prince blanc semble s'être aperçu de mon trouble. Il fait une pause, me regarde avant de reprendre.
- Il a instauré une véritable dictature. Tout devait être dans les règles, il ne devait pas y avoir le moindre faux pas, et la loi du plus fort régnait en maître, même au sein du Clan. Puis il a déclaré la guerre à un Clan voisin, les Ices, qui depuis de nombreuses années était en paix avec nous. Pourtant, il aurait dû le savoir: les Ice étaient plus nombreux que nous. Mais sa soif de pouvoir l'a rendu aveugle et il n'a pas vu les risques, juste les avantages. Lorsque nous avons commencé à perdre, il a continué à nous envoyer au massacre, tous, l'un après l'autre... Le Clan n'osait pas se rebeller, mais au fond plus personne ne voyait le grand chef en qui ils avaient cru. C'est notre propre mère qui a tenté de lui faire entendre raison. Il l'a attaquée, et il l'aurait tué si je n'étais pas intervenu.
Mon père peut-il vraiment être ainsi? Tuer sa propre mère, mettre en péril son propre Clan? C'est juste horrible...
- Le Clan entier le savait désormais: Anakeil n'était qu'un monstre assoifé de pouvoir, un monstre à qui il n'importait que lui-même et son égo surdimensionné. Mais c'était trop tard. Le clan, peu à peu, commençait à mourir...
White Prince hésite à continuer. Comme si quelque chose le taraudait, comme s'il ne savait pas comment dire ce qu'il a en tête.
- J'ai abandonné un Clan en famine sous les ordres de Lima. Elle-même semblait proche du gouffre. Elle m'a évité la mort. Elle n'a pas pu éviter la sienne, et celle du Clan de la Neige...

- C'est impossible... Mon père...

Enfin, des mots arrivent à faire leur chemin. Mais ils ne se terminent pas.
- Anakeil a toujours voulu plus que ce qu'il n'avait. Aujourd'hui il n'a plus rien. Il a abandonné les siens, tout bonnement, avant qu'il ne meure à son tour. Ton père a mené un Clan entier à la mort. Un Clan qui l'avait vu naître et grandir, un Clan qui avait été bon avec lui, un Clan qui prospérait depuis des années. Il avait des parents et un frère, des amis. Il les a tous détruits...
Il me regarde de ses grands yeux. Bleu et rouge, pas rouge et bleu. C'est si frustrant. Un silence plane, longtemps, trop longtemps. Le monde tangue autour de moi. Le ciel est-il en haut ou bien en bas? Le monde s'assombrit peu à peu. Que m'arrive-t-il, je sens mon cœur battre trop fort, trop vite, jusqu'au bout de mes pattes. Il me fait mal à la tête. Je ne peux pas croire ce que j'entends...
Une larme que je n'aurais jamais soupçonnée s'écrase sur le sol. Je me mets soudain à courir, et tout devient sombre autour de moi. Noir. Le soleil m'a abandonné...




J'avais mal. Mes griffes se resserrèrent dans le vide, je reculai et me repliai sur moi-même, laissant l'inconnu libre de s'échapper. Mes yeux étaient agrandis de terreur, de désespoir, mais aussi de haine... Toujours cette lueur, il me semblait qu'elle ne me quitterait jamais. J'avais perdu cette fois-ci. J'avais perdu, mais je ne voulais plus jamais gagner. Qui m'avait enseigné la victoire, gagner au prix de tous les sacrifices ? Qui m'avait appris à me battre jusqu'au bout, jusqu'au sang et peu importe le quel ? Qui m'avait appris à défaire l'ennemi, qui qu'il soit même un parent ? Un monstre. Un monstre assoiffé de pouvoir et de sang qui avait osé attaquer sa propre mère et décimé tout son clan. Tout ce que j'avais appris avait été dans le but de lui ressembler, sans que je sache vraiment toute la vérité.
Peut-être avait-on réussi, car aujourd'hui, la seule chose que pouvaient voir les autres quand ils me regardaient, c'était un deuxième monstre... Je ne voulais plus être le dessin d'un dégénéré. Je ne pouvais plus utilisé ce qu'il m'avait appris, je ne pouvais plus l'ignorer maintenant que je savais, je ne pouvais plus me battre... Pourtant, que je le veuille ou non, j'étais la fille d'un monstre. Etais-je vraiment comme lui? Il suffisait de regarder cette ambition, cette gaieté quand la mort et la terreur sont proches, cette lueur de haine permanente dans le regard... Etais-je un monstre moi aussi ?


- Non ! Je ne suis pas comme lui... je ne suis pas un monstre... non...

J'avais riposté à mes pensées haut et fort, et ma voix s'était perdue dans mes sanglots sur la fin. J'oubliais le tigre blanc, j'oubliais les yeux ambrés... j'oubliais tout ce qui m'entourait. Mon visage vint se nicher au creux de mes pattes, afin que mes yeux soient cachés du monde, car jamais il n'aurait dû me voir pleurer...
Mon monde n'était plus qu'un gouffre sans fond. Dans mon monde, je tombais sans cesse et le vertige m'assaillait... Dans mon monde je ne pouvais plus me débattre...

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MessageSujet: Re: Aurais-je vraiment dû savoir? [PV]   Ven 2 Sep - 14:08

Je tire un peu de satisfaction devant la colère qu'a fait naitre mon absence de réaction dans son regard. Elle lève la patte, j'ai l'impression que tout va au rallentit. Alors ça y est ? Je vais mourrir ? Je me suis trompé lorsque j'ai dit que je n'avais pas peur de la mort, maintenant qu'elle est là, prête à me cueillir, mon estomac est noué, mais je ne laisse rien transparaître. Je pense un instant à fermer les yeux pour ne pas voir la fin arriver mais je change d'avis. Je garde les yeux fixés sur celle qui va me tuer. Je reste digne dans la mort Maman, n'ai pas honte de moi.
La mort, justement, ne vient pas. La patte de la tigresse reste suspendue au dessus de moi alors que, les yeux dans le vague, elle semble perdue dans ses pensées. Puis soudain, sa patte se redire, et la mort recule en même temps que la tigresse. J'attends quelques secondes, je crains de raviver sa colère en me levant, je redresse doucement la tête. Elle est assise repliée sur elle-même, ses yeux son grand ouverts mais donnent l'impression de ne rien voir, elle ne bouge plus. Puis d'un seul coup :

- Non ! Je ne suis pas comme lui... je ne suis pas un monstre... non...

Parle-t-elle de moi ? Non, je ne crois pas, elle semble m'avoir complètement oublié. Elle s'effondre en larme et pose ses pattes sur ses yeux comme si ce geste pouvait dissimuler toute la détresse qui la submerge. Elle a faillit me tuer, pourtant j'ai de la peine pour elle, peut-être même... je crois même que j'aimerais l'aider, je voudrais qu'elle ne pleure plus. Oui, elle a faillit me tuer, mais faillit seulement, elle ne l'a pas fait. Je la regarde, elle pleure toujours parce-qu'elle a peur d'être un monstre. Jusqu'à aujourd'hui, je ne l'avais vue que comme tel, une folle furieuse assoiffée de sang mais je crois comprendre maintenant qu'elle ne faisait que se comporter comme ce tigre qu'elle a évoqué. Qui peut-il être ? Apparement il était son modèle mais il est devenu ce qu'elle a peur d'être. L'un de ses amis peut-être, ou son frère. Ma mère est mon modèle, peut-être que le tigre dont elle parle est son père ? Je n'ai jamais connu le mien, mais un père ce doit sûrement être un peu comme une mère en moins doux. Si il l'a élevée alors il est normal qu'elle soit comme lui. C'est peut-être ça ? Elle est comme lui et ça lui fait peur.
C'est triste mais je n'y peux rien, en plus je suis certainement à coté de la plaque. Elle ne s'occupe plus de moi, autan en profiter pour partir. Je me retourne doucement, ça me fait bizarre de la laisser là, toute seule à pleurer, sans rien faire.
Je fais un pas, perdu dans mes pensées. Ma mère est mon modèle et je lui ressemble un peu mais pourtant je ne suis pas comme elle. Second pas. Non, je ne suis pas comme elle, je suis comme...
Ma patte se rapproche du sol pour achever mon troisième pas. Elle se fige. Le ciel est clair, pourtant j'ai l'impression d'avoir été foudroyé. Mes muscles sont tendus à craquer, j'ai les yeux écarquillés et le souffle court. Je me retourne brutalement et fixe la tigresse qui pleure toujours. Comment est-il possible que ce soit elle qui m'ai permis de comprendre ça ?
Un sourire fleurit sur mes lèvres, le premier depuis que j'ai quitté les anciennes terres. Non. Mon premier vrai sourire depuis un an. Je suis étonné de savoir encore sourire, je suis émerveillé par cette petite étincelle qui jaillit doucement au milieu des brumes de la tristesse. Je croyais ne plus jamais pouvoir être heureux. Pourtant, je le suis et je souris, du même sourire qu'un perdu dans le noir qui à retrouvé la lumière de la sortie, du même sourire que quelqu'un qui commence à vivre, du plus beau sourire que je n'ai jamais eut. Et ce sourire est destiné à la jeune tigresse couchée devant moi, il lui appartient, à elle qui pleure sans me voir, sans savoir qu'elle m'a sauvé.

- Merci.

J'ai murmuré, elle ne m'a sûrement pas entendu, j'espère qu'elle ne m'a pas entendu. Je redresse la tête et cette fois, c'est le soleil que je regarde, même s'il me brûle les yeux.

-J'ai compris Maman, j'ai enfin compris.

Je souris au soleil qui me réchauffe, au vent qui me caresse et je souris à la vie. Puis je pose de nouveau les yeux sur elle. Elle est toujours perdue dans le noir alors qu'elle m'a aidé à retrouver la lumière. C'est à mon tour de l'aider, de lui expliquer ce que j'ai compris. Mais je ne sais pas comment m'y prendre, j'ai peur que le son de ma voix ne réveille sa colère. J'aimerais être sûr que ce que je vais lui dire l'aidera et ne la braquera pas plus contre moi. J'aimerais pouvoir tout lui dire dans une simple phrase ou même dans un mot, comme certains le font si bien. Mais moi je ne sais pas faire ça, je ne sais pas placer tout ce que je pense dans un seul mot, je pense peut-être trop, je ne sais pas expliquer quelque chose autrement qu'en l'expliquant. Longuement. C'est peut-être bête de vouloir lui dire ça, c'est peut-être du suicide. Je ne sais pas. Ce que je sais c'est que je veux essayer. J'ouvre la bouche, la referme, j'ai peur de parler, ça fait tellement longtemps que je n'ai pas parlé à quelqu'un d'autre que ma mère, je ne sais pas parler aux autres, je ne sais pas comment commencer. Je veux essayer, je dois essayer. J'ouvre la bouche.

-Je... Je crois que quand on vit longtemps avec quelqu'un et que cette personne nous apprend tout, alors on veut être comme elle, parce-qu'elle connait des choses qui nous impressionnent et qu'elle nous les apprend alors on l'admire, je ne sais pas si elle m'écoute mais je continue, c'est notre modèle, on se dit "quand je serais plus grand je serais comme lui". On l'écoute pour apprendre tout ce que cette personne sait, elle nous expose ses idées, sa façon de penser et on pense comme elle. Parce-qu'on ne connaît que ses pensées à elle, mais si on s'interesse aux idées d'autres personnes alors on peut comparer les arguments, juger par soit-même et se faire sa propre idée. Si on écoute tout le temps la même personne alors on ne fait plus rien nous même, on oublie qui on est. Or tout le monde est quelqu'un et tout le monde est différent, on peut se ressembler mais personne n'est pareil. C'est dur à comprendre parce-que quand on a passé toute sa vie dans l'ombre de quelqu'un on ne peut pas imaginer être autrement. C'est pour ça qu'il ne faut pas tout attendre de cette personne, il faut aussi savoir apprendre seul et savoir apprendre des autres. Et parfois il faut aussi savoir oublier ce qu'on nous a appris pour mieux réapprendre. C'est dur à faire et c'est long, j'ai mis presque un an pour ne plus me demander "qu'est-ce que Maman aurait fait à ma place". Mais une fois qu'on a compris on peut enfin essayer de se découvrir, on ne vit plus pour être un autre, on peut être soit-même.

Je reprends mon souffle, je me suis un peu laissé emporter mais ça m'a fait du bien de parler. J'aurais aimé que ma mère m'entende, mais ma mère n'est pas là. Elle m'a demandé de partir pour me donner une chance de vivre ma vie à moi, de voler de mes propres ailes.
La vie mérite d'être vécue.
Toujours.
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MessageSujet: Re: Aurais-je vraiment dû savoir? [PV]   Sam 3 Sep - 13:43

>Musique<



Je me débattais tant bien que mal dans un univers fait de paroles et d'images qui me torturaient l'esprit, me tuaient peu à peu. Silencieuse, au fond du gouffre, j'allais devenir folle, inévitablement. Sombrer dans la follie de mes visions, sans pouvoir rester lucide, ne jamais savoir si ce que l'on voit est réel ou pas. C'est l'impression que j'avais, en ce moment même. Je ne savais même plus si j'étais ici ou face à WHite Prince, effondrée de chagrin. Je ne savais plus s'il s'était passé plusieurs semaines ou seulement quelques secondes depuis que j'avais entendu la vérité. Mais les images se succédaient trop vite. Des yeux noirs. Des coups de griffes. Un lapin démembré. Des yeux vaierons. Une marée de sang. Non, je ne pouvais pas me débattre, juste tomber plus au fond, encore, toujours, jusqu'au fond de ce trou noir. Les trous noirs n'ont pas de fond. Des crocs dans la chaire. Un rugissement. Endless. "Relève toi Ombre!!" Mes oreilles se plaquèrent un peu plus sur mon crâne.




Alors que je tentais vainement d'ignorer tout ce qui s'imposait dans mon esprit, une voix s'immiça en moi. Elle était douce, elle était déterminée, bienveillante. Tout ce que je n'avais jamais entendu dans ma vie. Peu à peu je revenais à la réalité, tentant de saisir le sens des paroles.
-...on se dit "quand je serais plus grand je serais comme lui". On l'écoute pour apprendre tout ce que cette personne sait, elle nous expose ses idées, sa façon de penser et on pense comme elle. Parce-qu'on ne connaît que ses pensées à elle, mais si on s'interesse aux idées d'autres personnes alors on peut comparer les arguments, juger par soit-même et se faire sa propre idée. Si on écoute tout le temps la même personne alors on ne fait plus rien nous même, on oublie qui on est. Or tout le monde est quelqu'un et tout le monde est différent, on peut se ressembler mais personne n'est pareil. C'est dur à comprendre parce-que quand on a passé toute sa vie dans l'ombre de quelqu'un on ne peut pas imaginer être autrement.
Ce qu'il ne comprenait pas, c'est que je n'étais qu'une Ombre. Il suffisait d'entendre mon nom pour le confirmer. Ombre. Anakeil savait dès le début que je ne serais que le portrait de lui-même, juste son ombre. Il avait choisi ce nom pour ça, parce que je n'étais rien d'autre que ça. Un deuxième Anakeil... Il m'avait forcé à devenir comme lui, je n'aurais jamais pu imaginer l'ampleur des dégâts que cela causerait. Il était trop tard pour faire demi-tour. J'étais ce que j'étais. Ombre. Pour cela il faudrait revenir au premier jour, lorsque je vis la lumière et que ma mère l'abandonna pour toujours, avec mes frères et soeurs. J'aurais dû mourir avec eux, les choses auraient été moins compliquées, j'aurais moins eu à souffrir. Anakeil aurait dû m'abandonner aux pattes d'une gentille tigresse, j'aurais appris les bonnes choses de la vie, je n'aurais jamais ressemblé à un monstre. Mais Anakeil avait trouvé mon nom et un plan. Un seul mot pour les deux. Ombre.
-C'est pour ça qu'il ne faut pas tout attendre de cette personne, il faut aussi savoir apprendre seul et savoir apprendre des autres. Et parfois il faut aussi savoir oublier ce qu'on nous a appris pour mieux réapprendre. C'est dur à faire et c'est long, j'ai mis presque un an pour ne plus me demander "qu'est-ce que Maman aurait fait à ma place". Mais une fois qu'on a compris on peut enfin essayer de se découvrir, on ne vit plus pour être un autre, on peut être soit-même.
Moi-même? Je ne l'avais jamais été. Le double d'un monstre, j'avais agit et pensé comme si j'avais été lui. Je l'avais un peu été, car son esprit machiavélique s'était immicé en moi et ne pouvait s'en aller. A jamais en moi, un poison qui me brûlait tandisque j'apprenais la vérité. Les paroles de l'inconnu résonnèrent longtemps dans mon esprit.
"Apprends seule ce personne ne t'a jamais appris."
"il est temps pour toi de suivre ton propre chemin"
Mon rêve me revint en mémoire. Je scrutais le tigre blanc. Longtemps, dans le silence le plus total, seulement brisé par le bruit des vaguelettes qui s'échouaient sur la terre. Il me semblait soudain reconnaitre ce tigre blanc. Oui, j'avais dû le voir, une fois. Me battre contre lui sans doutes, je n'avais fait que ça de toute ma vie. Et pourtant il était là, il me parlait, il ne se souciait pas du fait que, quelques minutes plus tôt, et quelques mois plus tôt également, j'avais failli le tuer. Non. Il était là, sans rancune. Mon regard croisa brièvement le sien avant que je scrute l'étendue d'eau.

- Pourquoi tu t'embêtes à ma tapper la causette? C'est inutile, ça sert à rien de parler tout le temps, surtout si c'est pour se répéter pendant dix ans.

Ma voix n'avait pas été dure, mais pas non plus sympathique ou même amicale. Une voix simplement fatiguée, désabusée... Mais au fond, une petite lumière s'était allumée dans mon regard. Et pour rien au moinde je ne l'aurais avoué...
"Tu verras que tu es moins seule que tu le penses..."
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MessageSujet: Re: Aurais-je vraiment dû savoir? [PV]   Sam 3 Sep - 20:34

Elle me fixe longtemps en silence, je suis incapable de dire si elle me voit réellement. J'attends, je ne sais pas quoi faire, je n'ai plus rien à dire, je ne bouge pas. Je n'ai pas envie de bouger, je ne veux pas partir mais si elle me le demande alors je partirais, parce-qu'elle est triste et qu'elle a peut-être besoins d'être seule.

- Pourquoi tu t'embêtes à ma tapper la causette? C'est inutile, ça sert à rien de parler tout le temps, surtout si c'est pour se répéter pendant dix ans.

J'en reste bouche bée. Pas à cause de ce qu'elle vient de me dire, bien sûr n'importe qui d'autre m'aurait dit cela à n'importe qu'elle autre moment j'aurais été vexé. Mais non, ce n'est pas à cause de ce qu'elle a dit que je suis choqué, c'est à cause de sa façon de le dire. Il n'y a aucune agressivité dans sa voix, même pas un tout petit brin de haine. Elle est lasse, elle n'a rien d'engageant mais c'est la première fois qu'elle me parle réellement, sans menace, sans poil hérissé ou griffes sorties. Je ne peux empêcher mon sourire de revenir, c'est si bon d'être heureux, même un tout petit peu, après ce que j'ai vécu. Je la regarde sans pouvoir m'empêcher de sourire, je me sens moins seul. Dans son visage fatigué et presque adulte, je peine à retrouver les traits de la petite tigresse qui m'avait attaqué sur la plage blanche de notre ancien territoire. Je souris toujours lorsque je baisse la tête pour observer la longue cicatrice que cette rencontre a laissé sur ma cuisse. Quand il m'arrive de la regarder je revois ses yeux noirs remplis de haine et je frissonne, pourtant ce n'est pas elle qui me l'a infligée, c'est une vague qui m'a projeté contre un rocher. Les cicatrices qu'elle m'a causées sont soit disparues, soit dissimulées par ma fourrure. Aujourd'hui en regardant la petite bande de peau nue, je souris, encore et toujours, je souris quand je relève la tête et observe le paysage grandiose qui m'entoure, je souris quand le vent ébourriffe ma fourrure, je souris quand je pose de nouveau les yeux sur elle.

- Ca ne m'embête pas de "te tapper la causette", en fait je touve ça plus interessant que de parler tout seul, même si tu te fiches de ce que je dis. Au moins ça change de mes rengaines habituelles.

Je détourne un instant les yeux, ça y est, je recommence à parler comme un idiot et à dire des trucs ininteressants. Je passe un coup de langue sur mon poitrail pour lisser mes poils et cacher ma gène. Puis finalement je reprends.

- Je...Je m'appelle Turag et toi ?

Ma gène s'est évaporée, c'est inutile d'avoir honte, ce qui est dit est dit. La vie est trop belle pour s'encombrer de la gène.
Oui, la vie est belle.
Maman ne m'a pas abandonné. Je suis peut-être moins fort que certains ou moins agile que d'autres mais je suis moi-même, c'est le plus important.
Maman ne m'a pas abandonné, elle m'a aidé.
La vie est belle.
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MessageSujet: Re: Aurais-je vraiment dû savoir? [PV]   Ven 9 Sep - 20:45

>Musique<



-Ca ne m'embête pas de "te tapper la causette", en fait je touve ça plus interessant que de parler tout seul, même si tu te fiches de ce que je dis. Au moins ça change de mes rengaines habituelles.
Il me sourit. Je détournai le regard. Moi je ne pouvais pas sourire. J'avais à nouveau envie de pleurer. Trop de joie, trop de gaieté, trop de sourire. Trop de ce que je n'avais jamais connu. Tout ça, d'un seul coup. C'était étrange. Je n'arrivais pas à comprendre, c'était tellement différent d'avant. Aucune méchanceté dans la voix, aucun ordre, une voix douce comme la brise au printemps... "Relève toi! ... Tu es faibles!" Je retins une larme idiote. Le tigre blanc se présenta enfin.
- Je...Je m'appelle Turag et toi ?
Turag. Un nom étrange, mais un nom normal. Un nom qui ne signifiait rien à personne. Il voulait connaitre mon nom. Pourquoi? J’hésitais. Mes yeux fuirent à nouveau. Ceux du tigre blanc. Mon nom?

- Ombre.

Ombre. Un mot. Un nom. Un plan. Un passé entier. Une promesse. Une malédiction. Cette fois-ci je ne pus retenir cette larme qui bordait mes yeux. J’avais mal. Je voulais oublier, mais mon nom était toujours là, et quand je l’entendais je revoyais les yeux fous de mon père. Je pouvais tout oublier, mais jamais je ne pourrais oublier mon nom. Et lui me reliait à tout. Un cercle infernal. Je me redressai de toute ma hauteur avant de dire d’une voix qui se voulait assurée.

– Excuse-moi… Je suis idiote. Je… je n’ai aucune raison… Enfin… Non rien. Laisse tomber.

Mon regard fixa un long moment le sol léché par les flots qui s’éloignaient et revenaient vers nous. Toujours sans le regarder, je lui demandais, changeant totalement de sujet pour oublier un peu le reste.

-Qu’est-ce que tu fais ici ?

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MessageSujet: Re: Aurais-je vraiment dû savoir? [PV]   Mer 21 Déc - 19:03

Voilà enfin le rp qui aura le plus été attendu de l'année. Désolée de ne pas avoir répondu plus tôt.



- Ombre.

Je sans un frisson me traverser, pas vraiment à cause du nom mais plutôt de la façon dont elle le prononce. D'une voix sombre. Avec une certaine amertume, comme si ce nom la condamnait à n'être que cela, un ombre. Un court instant j'ai l'impression qu'elle va se remettre à pleurer. Je ne sais plus quoi dire, heureusement elle continue.

– Excuse-moi… Je suis idiote. Je… je n’ai aucune raison… Enfin… Non rien. Laisse tomber.

"Excuse-moi". Je ne peux m'empêcher de ressentir un brin de fierté à l'idée que je fais peut-être partie des quelques privilégiés qui ont eu droit à des excuses d'Ombre. A moins que je face partie des quelques pestiférés qui ont eu droit à ses foudres, faudrait juste savoir si elle à l'habitude d'attaquer tout le monde où si c'est moi qui suis l'unique malchanceux à avoir subi sa colère. Je préfère imaginer la première solution. Sur tout qu'après tout, cette phrase peut s'adapter à toutes les situation. L'image de la tigresse me plaquant au sol, prête à me tuer quelque instants plus tôt s'impose à mon esprit puis je l'imagine reculant confusement puis s'assayant les oreilles basses en murmurant "Excuse-moi… Je suis idiote. Je… je n’ai aucune raison… Enfin… Non rien. Laisse tomber.", ou encore sur les Terres de combat et la Plage Blanche de l'ancien territoire.
Je secoue la tête pour essayer de chasser ces pensée absurdes qui font tâche devant le chagrin de la tigresse. L'avantage de la tristesse c'est qu'on a plus du tout envie de plaisanter et, dans mon cas, ça m'évite de passer pour le dernier des imbéciles.
Mon sérieux revient lorsqu'elle reprend.

-Qu’est-ce que tu fais ici ?

Ma bonne humeur retombe, mon coeur se serre, je vois bien qu'elle essaye de changer de sujet, je vois bien qu'elle souffre. J'ouvre la bouche pour lui répondre, je la referme.Qu'est-ce que je fais ici ? Je ne vais tout de même pas lui répondre que je ne fais rien, que j'attends mais que je ne sais même pas quoi. Que j'attendais plutôt. La mort peut-être, le courage de retourner seul sur l'ancien territoire, ou ma Mère, je ne sais pas. Je voulais juste être seul, seul avec ma douleur, pour ne plus en sortir, pour m'y noyer. Ca fait un peu pathétique. Non, je sais ce que je vais lui répondre, la vérité car au début je ne suis pas venu pour attendre, ni pour être seul, au début je suis venu pour...

-Je regarde. Je suis venu là parce-que c'est le point le plus haut du territoire, l'endroit d'où on a la meilleure vue. Je voulais juste savoir si...si on pouvait voir nôtre territoire d'ici...je veux dire nôtre vrai territoire, enfin,... l'ancien.

Je tourne mon regard vers l'horizon que j'ai déjà si longtemps scruté que même les yeux fermés je suis capable de me souvenir de chaque détail, mais où nos terres ne figurent pas.

-Je voulais juste qu'il ne soit pas si loin, je voulais juste le voir, je voulais...je voulais...

"Voir l'endroit où vit ma Maman pour ne pas me sentir si loin d'elle et si seul."
Je regarde Ombre en coin, un peu gêné d'avoir parlé à voix haute, finalement je décide d'éviter son regard et de fixer le monde qui s'étend en contre-bas. Silence de quelques secondes qui font une éternité chacune. Finalement je prends un air faussement joyeux pour essayer de lui remonter le moral.

- Enfin, je ne vais pas me mettre à pleurnicher comme un tigron pour deux arbres et trois grains de sable.

Je lui souris...puis me rends compte de ce que je viens de dire. J'essaye de me reprendre, je ne parviens qu'à balbutier.

- Enfin, c'est pas grave de pleurnicher, c'est normal,...je veux dire...je pensais pas à toi en disant ça...d'ailleurs tu pleurnichait pas...je-je...moi aussi je pleure parfois, souvent même...

Je me mords la lèvre, je ne fais qu'empirer les choses. Je me maudis d'être aussi maladroit, de ne pas savoir traduire mes pensées par des mots, et surtout de ne pas réfléchir avant de parler. Dire que je voulais lui remonter le moral, il a plutôt dû faire une chute libre. Elle s'en serait mieux sorti sans moi. Je devrais peut-être partir avant de faire une autre bêtise. Je baisse la tête en signe d'exuse.

-Je suis désolé. Je ne voulais pas...Je devrais peut-être te laisser tranquille. Donc...aurevoir.

Je me retourne sans oser la regarder, de peur de lire le reproche ou la peine sur son visage et je m'éloigne doucement.
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MessageSujet: Re: Aurais-je vraiment dû savoir? [PV]   Mer 21 Déc - 23:11

>MUSIQUE<


Le monde ne cesse jamais d'être un puit de larme, de souffrance. Nous pensons être sauvés par une bouée, piètre bouée appelée bonheur ou joie, mais la bouée ne tarde pas à couler à son tour. On est seul au milieu d'un monde noir, et nous ne gardons que très peu de temps la tête hors de l'eau. Il n'y avait qu'à le voir, lui. Son expression qui avait changé dès que j'eu posé ma question.
Non, ne pleure pas, continue de sourire... S'il te plaît...
Trop tard. Sa bonne humeur disparut dans l'abîme. Mes griffes labourrèrent furtivement la terre. Je le regardais plongé au milieu de ses pensées qui semblaient mauvaises comme la peste. J'avais envie de le remmener sur terre, de lui dire de ne pas y penser, de continuer à sourire, comme tout à l'heure, même malgré ma mauvaise humeur.
-Je regarde. Je suis venu là parce-que c'est le point le plus haut du territoire, l'endroit d'où on a la meilleure vue. Je voulais juste savoir si...si on pouvait voir nôtre territoire d'ici...je veux dire nôtre vrai territoire, enfin,... l'ancien.
Je ne me souvenais que brièvement du voyage. Tout ce temps, j'étais restée cloîtrée au plus profond de moi. Je m'étais retrouvée ici, démunie, mais pas plus que les jours précédents. Depuis plusieurs jours déjà ma vie n'était qu'un absolu néant sans fin ni lumière. Pourtant, j'avais l'impression que quelque chose - je-ne-sais pas vraiment quoi - avait allumé une petite étoile quelque part. Une étoile pour me guider, me bercer, me dire bonne nuit, et éclairer l'obscurité grandissante.
-Je voulais juste qu'il ne soit pas si loin, je voulais juste le voir, je voulais...je voulais...
Tais-toi. Arrête de parler, arrête de te faire mal. T'as pas le droit de faire ça. Fais ce que tu veux, mais ne te fais pas mal. J'en ai déjà assez fait. Et regarde moi. Ne me fuie pas... Tout sauf ça, par pitié.
Je le regardais sans piper mot, sans comprendre. Sans essayer de comprendre. Pourquoi tant de malheur dans son regard? Pourquoi lui faire du mal à lui, pourquoi le malheur s'acharnerait-il sur lui? Il n'a pas le droit. Le tigre me regarde.
-Enfin, je ne vais pas me mettre à pleurnicher comme un tigron pour deux arbres et trois grains de sable.
Il me sourit. Mes muscles se crispèrent comme pour retenir un frisson. Ce n'était pas de la joie dans son regard, c'était du vide, du noir. Il n'était pas vraiment joyeux.
-Enfin, c'est pas grave de pleurnicher, c'est normal,...je veux dire...je pensais pas à toi en disant ça...d'ailleurs tu pleurnichait pas...je-je...moi aussi je pleure parfois, souvent même...
T'as pas à te justifier. Alors tais-toi, et souris. Un vrai sourire, je t'en conjure. Pas celui qui est crédible pour un tigron de trois mois. Je ne suis plus une enfant. Même si je le regrette amèrement.
Il sembla s'excuser. Mon regard se durcit, une flamme de défit s'éleva vivement en moi, avant de retomber en entendant ses paroles.
-Je suis désolé. Je ne voulais pas...Je devrais peut-être te laisser tranquille. Donc...aurevoir
Mon coeur ratta un battement, avant de cogner fort dans ma poitrine. Dans mon univers, l'étoile s'éteint et je plongeai une nouvelle fois dans les ténèbres sans fond. Mon regard se voilà, alors qu'il se retournait et commençait à s'éloigner. Je me sentis glisser au fond de ce trou sans fond qui s'était creusé au jour où j'avais vu ces yeux. Bleu et rouge, pas rouge et bleu. J'avais peur de ce néant, peur de cette obscurité comme les tigrons ont peur de la nuit. Un tremblement s'empara de moi. Ma voix ne fut qu'un gémissement que je ne pus retenir.

- NON...

Mon regard chercha ses yeux dorés avec supplication.

- Je... je peux venir avec toi?

Ma voix était suppliante, on aurait dit un enfant qui demande un bout de souris à un adulte. Pourtant mes yeux noirs ne le lachèrent pas une seconde.
S'il te plaît, ne m'abandonne pas. Je crois que je ne pourrai pas survivre si tu me laisses seule comme ça, si tu me laisses retomber dans le gouffre. J'ai peur du noir, j'ai peur de ces voix... T'es le seul qui les fasse fuir... Ne m'abandonne pas...
Il était comme une branche au milieu du torrent, la branche qui m'empêchait de me noyer, à laquelle je ressentais le besoin de m'accrocher, désespérément. J'avais fait un pas vers lui, je retins les autres, restant immobile, attendant une réponse, une réaction...
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MessageSujet: Re: Aurais-je vraiment dû savoir? [PV]   Lun 26 Déc - 16:49

J’avance d’un pas hésitant, en proie à des sentiments que je ne comprends pas. Les sons me paraissent étouffés comme lorsque l’on est petit et que l’on se réveille lentement, sauf que j’ai plutôt l’impression que mon cerveau s’endors petit à petit pour échapper à une émotion trop forte et étrange. Le monde me paraît flou et terne, mon champ de vision se limite à un carré d’herbe mouvantes qui semble filer sous mes pattes qui apparaissent par intermittence alors que j’avance. J’ai l’impression qu’une patte invisible me froisse le cœur et s’amuse à faire des nœuds dans mon ventre. Je ne sais pas ce que je désire, je ne parviens pas à réfléchir, à mettre de l’ordre dans les émotion qui se bousculent dans ma tête. La seule chose que j’arrive à faire c’est avancer, je ne sais pas si c’est bien ou mal, si je le veux ou non, je ne sais plus se que je pense j’ai l’impression de devoir continuer à marcher éternellement. J’ai l’impression de m’enfermer dans un autre monde sans pouvoir y faire quoi que se soit. Un monde de silence où seul la valse de mes pensées existe.
Puis soudain, un gémissement, plus bruyant qu’un coup de tonnerre.

-NON…

Je me fige comme frappé par la foudre.

- Je... je peux venir avec toi?

Silence. Seul mon cœur bat. Une brise me caresse le visage, je retrouve les sensations du monde extérieur et me retourne lentement. Je croise son regard sombre dans lequel je crois lire une supplication mais surtout une peur immense, presque de l’épouvante. Je réalise que je ne veux pas être seul, que je ne veux plus jamais être seul. Pendant plus d’un an je me suis tenu à l’écart des autres, sans jamais chercher à me faire des amis lorsque j'en avais l'occasion. Je me suis comporté comme un tigron trop couvé par sa mère. Je ne réalise qu’aujourd’hui que je n’ai jamais ressenti le besoins de m’attacher à quelqu’un d’autre qu’elle. Non, en fait il ne m’est jamais venu à l’esprit qu’il soit possible de m’attacher à un autre tigre, comme si tout autre personne que ma mère n’était que de passage, comme s’ils risquaient de disparaître d’un moment à l’autre. Pourtant c’est ma mère qui a disparu pendant un an d’abord puis définitivement.
Au sein de mon clan j’ai vécu comme un solitaire. Certains ne supportent pas la compagnie, moi je ne supporte plus d’être seul, je ne veux plus jamais vivre ça.
Ombre attend que je réponde, sans bouger, sans le moindre bruit. Ses yeux noirs sont un puit sans fond dans lequel ne semblent exister que la détresse, le chagrin et le peur. Alors que mon ventre se noue devant tant de douleur, une flamme de colère m’embrase. Comment peut-on faire autant de mal ? Comment peut-on être assez cruel pour réussir à détruire toute la joie de quelqu’un aussi tôt ? A son âge Ombre aurait dû être heureuse et pleine de vie, elle ne devrait pas avoir autan de souffrance dans le regard, elle ne devrait pas être cette…ombre. A chacune de nos rencontres elle m’a toujours paru forte, presque invincible, comment un tigre peut-il l’avoir détruite à ce point ? Mon regard s’attarde sur sa silhouette tendue et tremblotante, elle attend en silence, elle n’a pas bougé depuis tout à l’heure, j’ai l’impression qu’elle attendrait des heures.
Je ne veux pas être seul. Et elle non plus. Mon cœur s’emballe lorsque je réalise que je ne le suis plus. Désormais, nous sommes deux.
Un sourire fleurit sur mes lèvres et je fais un pas vers elle.

- Où veux-tu que l’on aille ?
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MessageSujet: Re: Aurais-je vraiment dû savoir? [PV]   Lun 2 Jan - 17:29

>Musique<


Il se retourna, je n'avais toujours pas bougé. Mes yeux croisèrent son regard ambré et je ne détournai pas le mien, le soutenant comme si un lien invisible m'accrochait à lui tant que je le regardais. J'attendais une réponse, j'attendais qu'il vienne me chercher, qu'il chasse les ombres et les images qui me faisaient frissoner. S'il avait dit non je serais restée ici sans bouger pendant des jours, à attendre qu'il revienne me chercher, ou que les ombres du passé m'emportent à jamais parmis elles... Car moi aussi je n'étais qu'une ombre.

- Papa, ça veut dire quoi Anakeil?
- Pourquoi voudrais-tu que ça veuille dire quelque chose?
- Je sais pas... Ombre, ça veut bien dire quelque chose non?
- C'est un nom comme un autre.


Il m'avait menti, depuis le début. Ombre, pour le suivre à jamais, pour suivre ses plans et risquer ma vie à sa place, une ombre pour rester à ses côtés et le rendre immortel. Il n'était qu'un menteur.... Ma rage à son égar était sans limite. Mais ma peur aussi. Tous mes souvenirs me remmenaient à lui.
J'avais été condamnée à être cette ombre qui suit son maître toute sa vie. Pourtant il y a quelques sombres jours l'ombre avait quitté son possésseur et n'était devenu qu'une ombre comme une autre, une ombre menée à disparaître peu à peu, dépourvue de possesseur, dépourvue de but. Une ombre qui allait bientôt mourir au crépuscule de son jour.
Mais aujourd'hui, aux dernières heures du jour, alors que le soleil allait disparaître à l'horizon et pour toujours, IL était venu. Ses yeux étaient deux nouveau soleils qui me tiraient du noir et chassaient mes soeurs les ombres loin de moi. Devant son sourire, j'avais eu l'impression de renaître. Je ne voulais plus jamais faire face au néant...

Durant quelques instants la Ombre d'avant refit surface, avec son regard noir, sa voix autoritaire et trop sûre d'elle, agressive, le véritable double d'Anakeil. Elle tentait de refaire surface, traverser toutes les horreurs que j'avais connu pour changer ainsi et devenir si fragile. Elle tentait de m'insuffler sa morgue et sa rage, elle me disait que je devrais mépriser ce que je devenais. J'étais trop faible ainsi, trop dépendante, j'avais l'air de ces tigres idiots dont je me moque tous les jours. Comme Endless, comme ce tigre devant moi...

"REPREND TOI!!"

C'est son sourire qui effaça l'obscurité de mes yeux, jetant l'ancienne Ombre au fond de ce gouffre sans fond. Je ne pouvais plus être celle-ci. Car j'étais au bord de ce gouffre. Avec trop d'assurance, j'allais tomber, de nouveau. Et puis, il était là...
Turag.
Il fit un pas vers moi, et la lumière refit surface au fond de moi. L'étoile, la seule qui m'éclairait aujourd'hui. C'est lui que je voulais suivre aujourd'hui. J'aurais pu devenir SON ombre, mais quelque chose me disait que je n'en avait pas besoin pour le suivre indéfiniement...


- Où veux-tu que l’on aille ?

Un sourire se peint timidement sur mon visage.

- Où tu veux...

Ma voix avait été à peine audible.
Où tu veux. N'importe où sauf loin de moi. Jusqu'à la mer, au creux des montagnes, en bas de ce volcan, où tu veux mais emmène moi...Je suis prête à te suivre n'importe où. J'ai besoin de toi... Je sais même pas pourquoi t'es le seul à me faire cet effet. T'es peut-être le seul qui m'ait vraiment souri... Reste avec moi.
Mais c'est vrai, pourquoi toi, pourquoi t'ai-je remarqué, pourquoi est-ce que je ne t'ai pas fui, pas délaissé et envoyé valser comme les autres?

La question ne fit qu'effleurer mon esprit. Mon sourire fit vraiment surface, toujours un peu timide et enfantin, alors que je m'approchai de lui, gardant tout de même mes distances. Je relevai la tête avec cet air de gamin que je n'aurais jamais cru faire un jour.

- On y va?!
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